Ni fière ni soumise.

23 juin 2006 par Choup'

Je tiens à mettre l’aimable lecteur en garde : je m’apprête ici à enfoncer des portes béantes. Et sans aucune vergogne, encore ; il s’agit de ma part d’une tentative d’écriture à but cathartique, et le fait que le débat soit usé jusqu’à la corde ne minimise en rien mon besoin d’expression.

Bien, maintenant que les choses sont claires, je vais pouvoir commencer.

Demain à Paris et ailleurs en France aura lieu la “Gay Pride”, récemment renommée “Marche des fiertés LGBT” en raison d’une volonté de non-discrimination au sein de la communauté des personnes qui se retrouvent dans une ou plusieurs de ces lettres.

En ce qui concerne l’organisation ou les objectifs de cette marche, rien à dire. Je considère qu’il est éminemment utile que certains hétéro-beaufs Français aient la possibilité, une fois par an, de prendre conscience de l’existence et du nombre de personnes concernées par ce que d’aucuns appellent encore une déviance, et aient une occasion d’en parler ou d’en entendre parler autour d’eux, puisque c’est ainsi que les plus réticents peuvent éventuellement prendre le chemin de l’acceptation et de la tolérance (je vous avais prévenu, que j’allais enfoncer des portes ouvertes).

Non, vraiment, je n’ai rien à y redire. D’ailleurs j’y serai, comme chaque année.

En revanche, ces termes de “fierté”, “pride”, et tout ce qui s’y apparente me déplaisent fortement. Bon sang ! Des dizaines d’années que les homos et les trans se battent pour que l’orientation sexuelle ou de genre ne soit plus considérée comme une différence - le mot d’ordre de la marche, cette année, est “Égalité en 2007″ - des dizaines d’années que la communauté - ce mot aussi me déplaît, communauté - critique la ghettoïsation et l’exclusion, des dizaines d’années que l’on se bat contre les psy -chologues -chiatres -chanalistes et le reste du monde pour qu’ils cessent de parler de “choix” quant à l’orientation sexuelle ou de genre… et malgré tout cela, malgré tous les beaux discours, les LGBT parlent encore de fierté !

Cela décrédibilise le mouvement et ses revendications, selon moi. Car enfin, comment peut-on être fier de quelque chose que l’on n’a pas choisi ? De quelque chose qui ne fait pas d’un être une personne différente ?
On peut être fier d’une réalisation, d’une oeuvre, d’un travail, mais pas d’être blond, d’être Français, d’être homosexuel ! On peut être fier du résultat d’un effort physique, intellectuel ou sur soi, mais pas de quelque chose que l’on est, au fond de soi, sans l’avoir voulu ! On peut être fier, pourquoi pas, de s’assumer dans un monde plein de préjugés, mais certainement pas de préférer les hommes quand on en est un, certainement pas d’être homme dans un corps de femme !

Cette contradiction n’est pas la seule remarquable dans l’attitude de certains LGBT. Combien de fois ai-je entendu des amis, au sujet de quelqu’un que je voulais leur présenter, dire d’un air déçu - voire méprisant - “ah, il/elle est hétéro…” ? Combien d’homos ont un préjugé favorable au sujet d’un inconnu simplement parce que son orientation sexuelle correspond à la leur ? Combien d’homos ne traînent qu’avec des homos, ne sortent que dans les bars LGBT, ne gravitent qu’au sein du “milieu” ? Peut-être, avant d’exiger des autres qu’ils changent leur comportement, faudrait-il l’exiger de soi.

Vous me direz, et vous aurez probablement raison, que les personnes LGBT préfèrent rester entre elles parce qu’il peut être malaisé de supporter le regard de l’Autre hors-milieu. J’en conviens. Cependant, c’est en se montrant qu’on peut faire évoluer les opinions individuelles. Si les Français ne sont jamais confrontés à cette réalité, comment voulez-vous qu’ils l’acceptent ? Si on ne leur donne pas l’occasion de constater que nous ne sommes pas des monstres, comment voulez-vous qu’ils s’en convainquent ? Il est certes nécessaire que des lois donnent enfin aux homos les mêmes droits qu’aux hétéros, il est sans doute encore plus urgent que des facilités soient accordées aux trans tant pour le changement d’état civil que pour le changement de sexe en lui-même, mais cela ne fera pas bouger les mentalités ! On risque d’ailleurs un retour de flamme de la part des plus cons intolérants qui pourraient se sentir menacés par les nouvelles législations.

C’est bien évidemment pour cela, entre autres, qu’il est utile de faire une marche. Mais ce n’est pas une fois par an qu’il faut marcher ; il faut le faire tous les jours, sans peur, sans honte, sans fierté. Le faire, tout simplement.

Je précise pour couper court à toute accusation d’homophobie que pourraient me faire les chantres du politiquement correct à outrance, que je suis gouine, que je l’assume, que j’ai autant d’amis hétéros qu’homos, et que, même si ça n’a rien à voir, mon amoureuse est la plus belle du monde - et présente certains des travers que je dénonce ici.

2 commentaires pour “Ni fière ni soumise.”

  1. L'amoureuse dit :

    Même si je suis d’accord avec le fait que le terme “fierté” soit fort mal choisi pour ce genre de manifestation, en essayant d’y trouver un sens je me dis que peut-être qu’il faut y voir une “fierté” d’assumer sa visibilité, qui dépasse dans ce cadre largement celle que l’on peut avoir individuellement au quotidien puisque l’on “se montre” à des milliers de gens, dans la rue et aux caméras…

    Je ne relève pas le reste, on en a déjà suffisamment parlé :)

  2. Choup' dit :

    Ouais, en effet.
    Une petite réserve, tout de même : si on “se montre” à des milliers de gens, on se montre aussi avec des milliers de gens ; la dynamique de groupe fait tomber bien des barrières… il est facile de se sentir fort en bande. La fierté est légitime quand on “se montre” sans avoir 700000 personnes derrière nous.

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