La clef.
15 juillet 2006 par Choup'Parfois, des fantômes oubliés surgissent du passé sans crier gare et ramènent à la vie, l’espace d’une rencontre, un pan de souvenirs disparu.
C’est troublant comme, à l’instar des madeleines de Proust, certains petits détails peuvent ranimer tout un lot d’impressions qu’on n’avait pas ressenties depuis des années. On se trouve replongé pendant quelques minutes dans un état d’esprit particulier qui était pourtant toute notre vie à un moment donné, et on prend conscience du fait que les souvenirs qu’on garde de cette époque sont d’une neutralité à pleurer : les faits restent en mémoire, la sensibilité est partie se nicher dans un coin du cerveau qui ne nous est pas accessible.
Cependant, il arrive qu’une fenêtre s’entrouvre sur ces sensations et impressions d’un autre temps et nous donne l’occasion de revivre, en un éclair, la personnalité que l’on était alors, et qui a disparu. Puis la fenêtre se referme et l’on ne peut l’en empêcher - il n’y a plus qu’à attendre de tomber, par hasard, sur une nouvelle clef, une personne, une chanson, une odeur, n’importe quoi.
Dans ces instants rares on est assailli par une terrible sensation de manque : comme un aveugle à qui on aurait permis de voir pendant un court moment, on sait soudain ce qu’on perd en ne conservant pas ce qui, plus que les événements en eux-mêmes, a marqué une semaine, un mois, ou une année lointaine. On s’est oublié soi-même.
Et puis, une autre fois, au détour d’un amour perdu ou d’une amitié brisée, on se dit la chance qu’on a d’avoir laissé partir également les peines incommensurables et débilisantes avec lesquelles on n’aurait pu continuer à vivre.
C’est un moteur fantastique, l’oubli. Et c’est triste à pleurer.