Question de foi.

4 octobre 2006 par Choup'

- Vous y croyez, vous, au SIDA ?

Nous sommes sur un gros bateau qui fête bientôt ses trente ans de navigation sur le fleuve Niger. Partis de Mopti, nous nous rendons à Tombouctou. Baba, l’homme qui vient de nous poser cette question inattendue, va voir sa famille qui vit dans un petit village accroché à la berge du fleuve géant, et nous a proposé, quelques heures auparavant, de venir partager le thé avec lui. Boire le thé, en Afrique, ce n’est pas seulement boire le thé, c’est aussi palabrer longuement à l’ombre d’un arbre, d’une maison ou, dans notre cas, du pont supérieur d’un bateau. La conversation a dérivé depuis quelques minutes sur les vaccins, la tourista et autres joyeusetés inhérentes à tout voyage qui se respecte, lorsque la question tombe sans crier gare.

- Vous y croyez, vous, au SIDA ?

Nous nous regardons sans voix, yeux écarquillés et bouche béante ; que répondre à cela ?

L’un de nous marmonne un « euh… oui, oui, on y croit, euh… » qui tombe à l’eau. Presque littéralement.

- Parce que moi, je n’y crois pas. Le SIDA, c’est inventé par les blancs pour vendre des médicaments et favoriser le racisme. Le SIDA, ça n’existe pas.

Quels arguments trouver pour le convaincre ? Nous réfléchissons mais rien ne vient. Comment prouver que le SIDA est une réalité à quelqu’un qui n’y croit pas ? Soudain, on vient à notre secours.

- Si, le SIDA existe.

Kader, le jeune homme qui vient de prendre la parole est étudiant en sixième année de médecine à Bamako. Il est sur le chemin de Tombouctou où il va faire un stage de quatre mois à l’hôpital. Devant l’air dubitatif de Baba, il insiste.

- Si, c’est sûr et certain, le SIDA existe, mon ami. Le SIDA a été créé par les Américains dans leurs laboratoires, pour tuer tous les noirs et contrôler l’Afrique.

L’effarement se lit sur nos visages. Cette fois nous tentons de débattre : l’un de nous se lance.

- Comment expliques-tu, dans ce cas, que le SIDA tue aussi des Américains ?

- C’est que ça s’est retourné contre eux. Des noirs ont émigré là-bas et ont amené la maladie avec eux.

Nous n’arriverons pas à le convaincre. Pas plus, d’ailleurs, que Kader ne réussira à convaincre Baba de la réalité du virus.

J’ai perdu un peu de mes belles illusions, ce jour-là. D’ailleurs, quand le ministre de la santé d’Afrique du Sud a annoncé, à la Conférence Mondiale contre le SIDA, qu’une alimentation saine à base de betteraves, d’ail et de citron remplaçait avantageusement les traitements anti-rétroviraux, je n’ai presque pas été surprise.

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