Le ‘A’.

30 novembre 2006 par Choup'

« Je suis perdue. »

Je le sais bien, qu’elle est perdue. Qu’elle se pose toutes les questions du monde. Est-ce que je veux vraiment ça, est-ce que la vie, c’est seulement ça, est-ce qu’il n’y a pas autre chose, ailleurs, autrement, une autre fois, qui vaille le coup ? Faut-il vraiment tout abandonner ? Faut-il accepter, sans rien dire, une vérité figée alors qu’on ne connaît rien, qu’on ne sait rien, qu’on ne comprend rien ?

Moi, dans tout ça ? La tristesse, d’abord, insupportable. L’angoisse, aussi, incontrôlable. Puis la colère – pas contre elle, non ; je comprends, même si c’est affreux, même si j’ai envie de hurler, même si je voudrais m’enterrer pour ne plus voir, ne plus savoir, ne plus vouloir – pas contre elle, non ; contre moi. Je suis en colère contre moi, d’être m’être laissé avoir, comme une débutante, alors que j’avais juré qu’on ne m’y reprendrait plus. Alors que je pensais l’avoir trouvé, l’équilibre parfait, celui de l’amour petit, l’amour sans risque, sans douleur, sans contrepartie. Le niveau au-dessus, quoi. La sagesse.
Ha, ha. Laissez-moi rire. Dire que je me suis crue invincible pendant tout ce temps, dire que je me suis crue à l’abri de la souffrance. Mon cul, ouais. L’enfer. À nouveau. J’avais pourtant juré qu’on ne m’y reprendrait plus.

Ce n’est pas faute d’avoir réfléchi. N’est-ce pas elle qui a raison ? 24 ans, c’est trop jeune pour s’attacher. C’est trop jeune pour abandonner. C’est trop jeune, aussi, pour s’enfermer. N’est-ce pas elle qui a raison ? Ne suis-je pas prisonnière trop aisément du confort, de la vie simple, de l’anesthésie de couple ? N’ai-je pas simplement l’impression d’aimer, parce que c’est facile, rassurant, doux et chaud ?

Ouaip. J’ai réfléchi, et j’ai réfléchi dur. Et même, parfois, comme par miracle, j’y ai presque cru.

Mais la méthode Coué a ses limites. Quand j’arrête de me raconter des conneries, ça ne prend plus.
C’est ça. Ce n’est pas autre chose. Et c’est pour ça que c’était si facile, si rassurant, si doux et si chaud. C’est pour ça que le matin, je me lève avec l’envie de hurler, que le moindre mouvement m’est un supplice, que j’ai envie d’arracher mes tripes, que je hais le monde entier. C’est pour ça que le soir, je me remplis d’alcool jusqu’à tout oublier.

C’est pour ça que plus rien n’a d’importance, maintenant qu’elle n’est plus là.

C’est ça. C’est cette chose, là, celle avec un grand ‘A’, même si on ne l’écrit pas, parce que c’est cliché.

J’avais juré qu’on ne m’y reprendrait plus.

Putain, j’ai raté.

3 commentaires pour “Le ‘A’.”

  1. Un passant dit :

    « N’est-ce pas elle qui a raison ? 24 ans, c’est trop jeune pour s’attacher. C’est trop jeune pour abandonner. C’est trop jeune, aussi, pour s’enfermer. »

    Dans ce cas là, on est toujours trop jeune pour tout et on ne fait jamais rien. Et pourquoi voir l’attachement comme un renoncement ? Pourquoi ne pas profiter plutôt du jour présent ? Si ça dure, ça dure, si ça doit s’arrêter, ça s’arrêtera, mais arrêter aujourd’hui parce qu’on a peur que ça s’arrête demain, c’est renoncer à la vie.

  2. Une passante dit :

    « C’est trop jeune pour abandonner. »

    Quand la douleur commencera à s’estomper (car elle finit toujours par s’estomper), rappelle-toi qu’on n’est jamais ni trop jeune ni trop vieux pour (s’)abandonner. Chacun fait ses choix, à tout moment. Quitte à les regretter plus tard.

    Si j’en ai encore l’occasion, je me ferai reprendre comme une débutante, je le sais. Et même avec délice. Car je préfère me sentir à nouveau vivante, même si ça me conduira sûrement à me sentir à l’agonie, plutôt que de passer ma vie anesthésiée. Le ‘A’, c’est ce qui me tient debout, à 24 ans ++, car le reste est sans couleur. Et c’est cette même addiction qui me fera finir vieille fille… génération perdue de ceux qui ne veulent plus se contenter du ‘a’, qui n’abandonnent pas.

    Courage.

  3. Choup' dit :

    Une passante> C’est vrai, tout plutôt que la tiédeur, quitte être tour à tour brûlé et glacé.
    N’empêche, on a beau le savoir…

    Merci. Ca va mieux, maintenant. Enfin, un peu.

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