Les mains.
26 avril 2007 par Choup'Ce sont mes mains. Elles ne conviennent plus. Je n’en ai pas pris soin, les laissant devenir calleuses, pleines de crevasses et de raidillons ; l’austérité du paysage de leur inutilité me terrifie. Il y a l’alcool, aussi ; j’ai vu trop d’étoiles de fonds de bouteilles, presque une galaxie ; maintenant j’ai des mains de baudruche, les doigts saucissonnés dans leur peau tendue, les ongles incarnés qui ne savent plus bien s’ils doivent pousser vers le ciel ou tomber sur le sol.
Le problème là-dedans, voyez-vous, c’est que je suis pianiste. Je ne sais faire que ça, d’ailleurs. Alors évidemment, c’est foutu pour moi. Je n’ai plus que la chaussée pour pianoter et encore, les symphonies imaginaires jetées sur le trottoir ne m’amusent plus. Le goudron est d’une indifférence à la musique silencieuse qui vaut celle des plus encravatés des passants.
À défaut de battre la mesure il ne me reste qu’à battre la semelle. Cela me réchauffe en hiver et me réveille en été. Je bats les cartes aussi, parfois, le briquet souvent, certains hommes quand d’aventure cela me prend, et les chiens lorsqu’ils s’approchent trop.
Surtout, tous les soirs, je me bats moi-même au jeu de la rue. En attendant celui où je me perdrai.
27 avril 2007 à 12:57
J’aime beaucoup ce que vous faites.
27 avril 2007 à 14:09
Ah, ben euh, merci !
2 mai 2007 à 23:13
Quel étrange et belle façon de se couler dans la peau du personnage, avec ce recul que le jeu de mot prétend apporter alors qu’il enfonce encore plus la déchéance de celle qui le fait à ses dépends.