Le sauvetage.

23 janvier 2007 par Choup'

C’était il y a tout juste cinq ans. Une heure trente du matin, rue Pargaminières à Toulouse. J’étais chez moi, je ne dormais pas, et je n’avais plus rien à fumer ; c’est à dire, plus de cannabis. Mon paquet d’OCB me regardait de son gros oeil de carton, désespérément désoeuvré.

Las ! J’aurais vendu ce soir-là père et mère pour un joint. Un petit spliff, un mini-buzz, un micro-stick, n’importe quoi, mais vite. J’avais fait les tiroirs, les fonds de poche, fébrilement vidé tout ce qui me tombait sous la main… rien. Pas une seule boulette. Désespoir total.

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L’Angoisse.

22 janvier 2007 par Choup'

Il est impossible de comprendre l’angoisse - la vraie, celle qui s’exprime en hurlant - à qui ne l’a jamais subie. C’est inimaginable, le monde qui s’écroule dehors. Inconcevable, la tempête qui fait rage dedans. Incompréhensible, l’insécurité du désespoir, la sensation physique de la mort à venir. Qui ne l’a jamais vécue ne peut savoir l’horreur de n’être plus que désir stérile, désir que ça s’arrête, à n’importe quel prix. Celui-là peut simplement deviner, peut-être, l’intime conviction que ça ne s’arrêtera pas.

La fin de l’angoisse se raconte mieux. Le retour dans la réalité, la tête brumeuse, le regard hébété, avec la surprise de vivre à nouveau. L’étonnement de pouvoir se laisser aller un instant sans que les digues qui retiennent l’enfer ne cèdent. Cela évoque ce moment de flottement après un cauchemar, lorsque l’on est surpris autant qu’heureux d’être confortablement lové dans son lit, en toute sécurité, tandis que la seconde d’avant, qui appartenait au rêve, n’offrait que la terreur.

Et une fois qu’elle est partie… une fois qu’elle est partie, elle a marqué son territoire ; elle laisse derrière elle la peur perpétuelle de son retour, l’angoisse de l’angoisse, merveilleuse ironie. Elle reviendra. Sans avertir, sans raison, n’importe où, n’importe quand. Au réveil, au milieu de la nuit ; à la caisse, au supermarché ; pendant une pause, au bureau ; sur un canapé, au cours d’une soirée. Elle ne se prévient pas, elle ne s’évite pas.

L’Angoisse est maître à bord.

NB : Bon, c’était de l’emphase rhétorique, tout ça. Si je me souviens bien, il y a ici quelqu’un qui la décrit très bien, l’angoisse.


Croyante.

15 janvier 2007 par Choup'

C’était au petit matin du lendemain de mon anniversaire. Je savais qu’on était au petit matin grâce à ma montre et à mon alcoolémie, sans cela il aurait pu être n’importe quelle heure, dans l’obscurité sans appel des catacombes parisiennes.
Nous philosophie-de-comptoirisions depuis un bon moment, lorsque LA question est tombée.

« En quoi crois-tu, alors ? »

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La Princesse.

14 janvier 2007 par Choup'

Ce jour-là, j’ai rencontré une Princesse. Nous sommes même allées boire un verre ensemble, c’est dire si j’ai été vernie.

Bien sûr, à ce moment-là, j’ignorais que c’était une Princesse ; ce n’est pas comme si les vraies Princesses avaient des carosses comme dans les contes de fées. Ni même des couronnes de diamants, d’ailleurs - on serait en droit, pourtant, d’attendre une couronne de diamants, il me semble que c’est la moindre des choses de la part d’une Princesse que de porter une couronne de diamants, ou au moins une robe à flonflons, ce n’est pas grand chose, une robe à flonflons - mais non. Elle est arrivée comme ça, en marchant comme une fille normale, avec des Van’s aux pieds et une écharpe pleine de couleurs au cou, précédée par ses yeux de chat et sa timidité galopante. Rien, a priori, qui pût me permettre de présumer de la majesté de leur propriétaire.

Les Princesses sont fourbes, de nos jours.

Heureusement, après quelques bières - bière framboise pour elle, j’aurais dû me méfier - elle s’est quelque peu enhardie, et m’a offert un sourire. Un de ces sourires désarmants qui donnent envie de découvrir la personne qui se cache derrière. Alors j’ai voulu la revoir. Et elle était d’accord, alors j’ai réussi. Et la revoir encore. Et elle était toujours d’accord. Et on a vu des films, échangé des bouquins, et bu des verres, et parlé de rien et aussi de tout. Et on s’est trouvées, avant de se perdre, avant de se retrouver. Et enfin, j’ai pu reprendre mon souffle, et je me suis relevée amoureuse des yeux de chat et du reste. Et je savais, alors, que j’avais trouvé une Princesse ; mais pas de celles qui se plaignent d’un petit pois sous le matelas, non : une vraie Princesse.

Et j’ai souri.

Et puis après, je me suis souvenu que la vie n’est pas un conte de fées.