Il est impossible de comprendre l’angoisse - la vraie, celle qui s’exprime en hurlant - à qui ne l’a jamais subie. C’est inimaginable, le monde qui s’écroule dehors. Inconcevable, la tempête qui fait rage dedans. Incompréhensible, l’insécurité du désespoir, la sensation physique de la mort à venir. Qui ne l’a jamais vécue ne peut savoir l’horreur de n’être plus que désir stérile, désir que ça s’arrête, à n’importe quel prix. Celui-là peut simplement deviner, peut-être, l’intime conviction que ça ne s’arrêtera pas.
La fin de l’angoisse se raconte mieux. Le retour dans la réalité, la tête brumeuse, le regard hébété, avec la surprise de vivre à nouveau. L’étonnement de pouvoir se laisser aller un instant sans que les digues qui retiennent l’enfer ne cèdent. Cela évoque ce moment de flottement après un cauchemar, lorsque l’on est surpris autant qu’heureux d’être confortablement lové dans son lit, en toute sécurité, tandis que la seconde d’avant, qui appartenait au rêve, n’offrait que la terreur.
Et une fois qu’elle est partie… une fois qu’elle est partie, elle a marqué son territoire ; elle laisse derrière elle la peur perpétuelle de son retour, l’angoisse de l’angoisse, merveilleuse ironie. Elle reviendra. Sans avertir, sans raison, n’importe où, n’importe quand. Au réveil, au milieu de la nuit ; à la caisse, au supermarché ; pendant une pause, au bureau ; sur un canapé, au cours d’une soirée. Elle ne se prévient pas, elle ne s’évite pas.
L’Angoisse est maître à bord.
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NB : Bon, c’était de l’emphase rhétorique, tout ça. Si je me souviens bien, il y a ici quelqu’un qui la décrit très bien, l’angoisse.