Le ‘A’.

30 novembre 2006 par Choup'

« Je suis perdue. »

Je le sais bien, qu’elle est perdue. Qu’elle se pose toutes les questions du monde. Est-ce que je veux vraiment ça, est-ce que la vie, c’est seulement ça, est-ce qu’il n’y a pas autre chose, ailleurs, autrement, une autre fois, qui vaille le coup ? Faut-il vraiment tout abandonner ? Faut-il accepter, sans rien dire, une vérité figée alors qu’on ne connaît rien, qu’on ne sait rien, qu’on ne comprend rien ?

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La course.

15 novembre 2006 par Choup'

On se prend à rêver, parfois. On part loin, dans l’espace, dans le temps, hors de la vie. Les paysages sont irréels. Les gens sont trop - trop tout pour être vrais. Les chimères sont réelles, et inversement. On s’y croit presque. Presque. Et puis soudain, on se réveille, on se trouve à nouveau dans sa chambre d’étudiant. Le peu de lumière filtrant à travers la noirceur parisienne lui donne un air un petit peu glauque.

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Lisette et Manon.

12 novembre 2006 par Choup'

Elle avait fait la connaissance de Lisette au CE1 de l’école communale de leur village, où les deux fillettes étaient tout de suite devenues les meilleures amies du monde. Inséparables. Leurs instituteurs successifs avaient tous eu la manie de les désigner toutes deux comme une paire indissociable, les pipelettes, les jumelles, ou les mignonnes, et elles étaient restées très proches jusqu’au milieu de leur adolescence, période critique s’il en est - et puis leur amitié était devenue de plus en plus ambiguë, et avec le recul, Manon savait à présent que les sentiments qu’elle avait alors pour son amie étaient trop forts pour n’être que de l’amitié, même si elle ne l’aurait jamais admis à l’époque ; elle savait également qu’ils n’étaient pas partagés, pas de cette façon-là, en tout cas, et que cela expliquait en partie la détérioration rapide qu’avaient subi leurs relations à la fin du lycée.
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Question de foi.

4 octobre 2006 par Choup'

- Vous y croyez, vous, au SIDA ?

Nous sommes sur un gros bateau qui fête bientôt ses trente ans de navigation sur le fleuve Niger. Partis de Mopti, nous nous rendons à Tombouctou. Baba, l’homme qui vient de nous poser cette question inattendue, va voir sa famille qui vit dans un petit village accroché à la berge du fleuve géant, et nous a proposé, quelques heures auparavant, de venir partager le thé avec lui. Boire le thé, en Afrique, ce n’est pas seulement boire le thé, c’est aussi palabrer longuement à l’ombre d’un arbre, d’une maison ou, dans notre cas, du pont supérieur d’un bateau. La conversation a dérivé depuis quelques minutes sur les vaccins, la tourista et autres joyeusetés inhérentes à tout voyage qui se respecte, lorsque la question tombe sans crier gare.

- Vous y croyez, vous, au SIDA ?

Nous nous regardons sans voix, yeux écarquillés et bouche béante ; que répondre à cela ?

L’un de nous marmonne un « euh… oui, oui, on y croit, euh… » qui tombe à l’eau. Presque littéralement.

- Parce que moi, je n’y crois pas. Le SIDA, c’est inventé par les blancs pour vendre des médicaments et favoriser le racisme. Le SIDA, ça n’existe pas.

Quels arguments trouver pour le convaincre ? Nous réfléchissons mais rien ne vient. Comment prouver que le SIDA est une réalité à quelqu’un qui n’y croit pas ? Soudain, on vient à notre secours.

- Si, le SIDA existe.

Kader, le jeune homme qui vient de prendre la parole est étudiant en sixième année de médecine à Bamako. Il est sur le chemin de Tombouctou où il va faire un stage de quatre mois à l’hôpital. Devant l’air dubitatif de Baba, il insiste.

- Si, c’est sûr et certain, le SIDA existe, mon ami. Le SIDA a été créé par les Américains dans leurs laboratoires, pour tuer tous les noirs et contrôler l’Afrique.

L’effarement se lit sur nos visages. Cette fois nous tentons de débattre : l’un de nous se lance.

- Comment expliques-tu, dans ce cas, que le SIDA tue aussi des Américains ?

- C’est que ça s’est retourné contre eux. Des noirs ont émigré là-bas et ont amené la maladie avec eux.

Nous n’arriverons pas à le convaincre. Pas plus, d’ailleurs, que Kader ne réussira à convaincre Baba de la réalité du virus.

J’ai perdu un peu de mes belles illusions, ce jour-là. D’ailleurs, quand le ministre de la santé d’Afrique du Sud a annoncé, à la Conférence Mondiale contre le SIDA, qu’une alimentation saine à base de betteraves, d’ail et de citron remplaçait avantageusement les traitements anti-rétroviraux, je n’ai presque pas été surprise.